jeudi 21 janvier 2010

"Les communautés du Pacifique sous la menace d’un génocide culturel"

Voici une interview de l'écologiste néozélandais Sandy Gauntlett effectuée par l'ONG Grain (http://www.grain.org) en octobre 2009, avant la conférence de Copenhague. Cette interview est également disponible ici et a été publiée dans le Courrier du vendredi 15 janvier 2010. Comme vous le verrez, il y a parfois un peu de prémonition dans ses propos. Malheureusement...

Bien à vous.


Sandro


Sandy Gauntlett est un activiste écologiste d’origine Maori. Il donne des cours de gestion des ressources indigènes à l’Université indigène de Te Wanaga O Aotearoa en Nouvelle-Zélande. Il est aussi président de la Coalition environnementale des peuples autochtones du Pacifique (Pacific Indigenous Peoples’ Environment Coalition) et du point focal régional du Pacifique (Pacific Regional Focal Point) pour la Coalition mondiale des forêts.

Les communautés du Pacifique sous la menace d’un génocide culturel

Entretien avec Sandy Gauntlett

Comment la crise climatique affecte-t-elle la vie dans votre région du monde ?

Dans la région Pacifique, les effets du dérèglement climatique varient selon les pays, mais les îles basses sont particulièrement touchées. Dans certaines des communautés les plus affectées, l’eau douce devient de plus en plus rare, au fur et à mesure de la salinisation des ressources locales suite aux infiltration d’eau de mer dans les systèmes aquifères. Sur les îles de Kiribas [Kiribati] et Tuvalu, les marées de printemps envahissent désormais les maisons et les terres de la population et il est assez courant à cette période de voir les routes ou même la piste d’atterrissage de l’aéroport complètement inondés. Il faut se rappeler qu’il s’agit d’îles allongées et extrêmement étroites, et dont l’altitude maximale n’est que de deux ou trois mètres au-dessus du niveau de la mer. Elles n’ont pas de protection naturelle contre les ravages de la nature, si ce n’est les récifs de corail qui les entourent, et ces derniers sont en train de se dégrader sous la pression du changement climatique. Dans d’autres endroits (comme en Nouvelle-Zélande), l’impact du changement climatique est nettement moins évident, mais ce qu’est en train de vivre notre région dans son ensemble est désastreux.

Comment les communautés indigènes du Pacifique réagissent-elles à la crise climatique ?

Les gouvernements de Kiribas et Tuvalu ont tous deux réclamé des réductions des émissions de gaz à effet de serre bien plus radicales que celles qui sont envisagées dans la convention sur le climat. Ces réductions sont absolument indispensables si nous voulons éviter l’équivalent d’un génocide culturel. Suggérer aux gens d’abandonner leurs terres, leur territoire, leur culture et leur pays, afin que les pays riches puissent continuer à bénéficier d’un style de vie fondé sur l’exploitation de la planète, est une violation inacceptable des droits humains. Et pourtant, c’est exactement ce que nous suggérons quand nous acceptons le principe que les nations développées peuvent continuer à échapper à leurs responsabilités vis-à-vis du reste du monde en achetant des droits à polluer.

Beaucoup de petites communautés isolées ne comprennent pas pourquoi les tempêtes augmentent en sévérité ou en fréquence, et il va falloir investir pour ces nations dans des programmes de renforcement des capacités, si l’on veut que les décisions puissent reposer sur une complète compréhension. Je voudrais préciser que ceci n’est pas une critique des gouvernants des petites îles. Leurs représentants à la convention sur le climat ont fait preuve d’héroïsme par moments quand ils essayaient de parler de justice climatique. Ce n’est qu’une simple constatation qu’on dépense plus d’argent à garantir la place du marché qu’à réduire en termes réels et à la source les émissions qui créent le problème.

Quelle est l’opinion des Maori sur cette question ?

On ne peut pas dire qu’il y ait un point de vue maori unique sur le changement climatique, mais les Maori qui sont engagés au niveau international sont extrêmement préoccupés par ce qui se passe dans notre région. Pour l’instant, il est encore difficile de comprendre vraiment ce qui se passe : ceci est dû, d’une part, au fait qu’en tant que pays, nous ne sommes pas encore si sévèrement affectés. D’autre part, la réalité de ce qui se passe dans notre région est tout simplement trop horrible à envisager. Certains Maori s’efforcent de convaincre les nations développées d’accepter leur part de responsabilité en termes d’émissions climatiques ; d’autres de faire admettre que nous partageons des ancêtres communs avec les communautés du Pacifique et que nous devons donc coopérer étroitement avec elles.

Actuellement les discussions sur la conférence de Copenhague prévue en décembre vont bon train. A votre avis, quelle importance peuvent avoir ses conséquences et ses débats pour les groupes de terrain ?

Je peux difficilement répondre à cette question tant que j’ignore quelles seront les conséquences. Si, comme beaucoup d’entre nous le craignent, la conférence n’est pas suivie d’un engagement réel pour réduire massivement les émissions, cela constituera littéralement une sentence de mort pour certains peuples, et nous serons amenés à considérer les nations consuméristes comme responsables. Si, comme nous l’espérons tous, on parvient à un accord sur des réductions d’émissions substantielles et à grande échelle, alors il sera peut-être possible de sauvegarder l’avenir des communautés les plus affectées. Copenhague est bien sûr d’une importance cruciale pour obtenir un engagement de changement réel de la part de tous, mais pour ces communautés qui vivent sur des petites îles vulnérables, le temps est compté et elles n’ont pas d’échappatoire en cas de désastre.

Quelles véritables solutions peut-on envisager pour résoudre le problème ?

Il faut mettre fin, de façon généralisée, à l’exploitation des forêts indigènes. Il faut, dans toutes les grandes villes du monde, s’engager à interdire tout parking au centre-ville et introduire des systèmes de transport efficaces d’un point de vue énergétique et respectueux de l’environnement. Il faut annuler la dette du tiers-monde de façon à ce que les nations en développement soient en mesure de financer de véritables réductions de leurs propres émissions. Il faut réduire le gaspillage et l’exploitation dans les projets de développement, surtout dans les nations consuméristes du Nord. Quant aux hommes politiques, ils doivent absolument rendre des comptes sur toutes les décisions qu’ils prennent ; ces décisions pourraient en effet provoquer des désastres climatiques qui résulteraient en un nombre de morts considérable.

Pour ceux de nos lecteurs qui ne connaissent peut-être pas très bien votre région du monde, avez-vous quelques exemples d’adaptation dans les communautés que vous aimeriez partager avec nous ?

Pour les petites nations insulaires, l’adaptation n’est pas une chose facile à réaliser, car leurs émissions ne contribuent pas de façon majeure à la crise climatique. Il s’agit plutôt pour ces nations de s’adapter à la cupidité des autres pays. Mais parmi les nations plus importantes, on observe que ce sont quelquefois les peuples qui mènent leur gouvernement. En Nouvelle-Zélande, nous sommes dans une certaine mesure en train d’adapter notre style de vie : nous encourageons ainsi la marche et les pistes cyclables pour offrir une alternative à l’automobile. La Nouvelle-Zélande possède en effet plus de voitures par tête d’habitant que la Californie et il y a fort à faire en termes de transport et de politique énergétique pour réduire nos émissions. Mais, répétons-le, si nous voulons que ces améliorations aient un impact notable, nos gouvernements doivent montrer le chemin, en augmentant véritablement le degré et la nature de la participation et de la prise de décision publiques ; ils doivent aussi investir largement pour faire comprendre la situation aux gens. Un incident récent illustre parfaitement ce que je viens de dire : Une de nos célébrités demande au premier ministre de s’engager à réduire nos émissions de 40 % . On lui répond qu’elle ferait mieux de continuer à faire du cinéma. Ce genre d’arrogance n’est vraiment plus acceptable de la part de nos politiques et s’il existe un grand manque de compréhension du changement climatique – et c’est un fait – notre gouvernement a la responsabilité d’améliorer les programmes de renforcement de capacités dans le pays, comme il s’y était d’ailleurs engagé dans la Convention sur la diversité biologique. Les ONG doivent être assurées d’un soutien financier suffisant, pour que l’information sur le dérèglement climatique destinée au public soit assurée de provenir d’une grande diversité de sources.

mercredi 13 janvier 2010

Les caprices de la terre...

Bonsoir à toutes et à tous,

Haïti vient d'être frappé par un terrible séisme. A l'heure actuelle, le bilan des victimes semble être encore difficile à arrêter, mais tout semble indiquer que l'on se dirige vers une tragédie! Voici quelques liens (liste non exhaustive) si vous désirez aider les haïtiens ainsi que les ONG sur place :

- La Chaîne du Bonheur
- Médecins sans Frontières (Suisse)
- Croix Rouge (Suisse)
- etc.

Nous le savons tous, Haïti, c'est le pays le plus pauvre du continent américain, à la politique tourmentée où les dictateurs se sont succédés. C'est un pays qui a été frappé en 2008 par plusieurs ouragans meurtriers en près de trois semaines, puis qui a été vécu des inondations en 2009.

Mais n'oublions pas non plus que Haïti a été, il y a près de 200 ans, la première république noire, que ce pays brille dans les Caraïbes par son côté culturel et sa population, à la soif de vie intarissable.

Un pays et un peuple plus complexe que la seule image négative que nous en avons d'habitude le laisserait penser. Un pays meurtri qui mérite notre aide.

Bien à vous.

Sandro

vendredi 1 janvier 2010

Une très heureuse année 2010 à toute notre biodiversité

Happy New Year!!!

2009 n'est plus, bienvenu 2010!

Derrière cette "banalité locale" (tout le monde ne suit pas le même calendrier que le nôtre), je souhaitais tout de même vous souhaiter une bonne et heureuse année 2010. Et bien oui, cette nouvelle année est, fondamentalement, notre année à tous, car l'UNESCO a décrété 2010 année de la biodiversité. C'est aussi l'occasion, en parallèle, de tirer un bilan de ma première année de bloggeur. 2009 n'a pas manqué de m'inspirer, que ce soit au sujet de la nature, de nos rapports avec elle, mais aussi par rapport à notre société. Car, comme toujours, le passé est riche en enseignements. La question est : sommes-nous suffisamment intelligents pour nous en rendre compte?

L'humanité victime de l'humanité.

Les rétrospectives de l'année écoulée repassent sans arrêt le même sujet : la crise. 2007, 2008 et 2009 resteront dans les annales financières pour avoir été le théâtre d'une des crises bancaires les plus graves de ses 7 dernières décennies. Mais, si elle a été largement médiatisée, celle-ci n'a été que l'une des composantes d'une crise autrement plus grave, touchant un nombre de gens incomparablement plus élevé d'êtres humains : une crise globale, englobant la crise écologique et alimentaire! Une crise bien plus complexe que celle entraînée par des fous de la spéculation, dont Maddof ne représente qu'une goutte hyper-médiatisée dans l'océan de bêtise financière que nous avons connu. Cette complexité, de part ses composantes géopolitiques, écologiques, climatiques, économiques et politiques, rend la "recherche de coupables" particulièrement fastidieux : les prétendus coupables ont tout loisir de rejeter la faute "aux autres". Il n'empêche, il va leur devenir de plus en plus difficile de cacher leurs responsabilités aux yeux du monde. Par exemple, le monde de la finance qui, lorsqu'il souffre et a besoin urgent de liquidité, appelle à la rescousse les états, a repris très vite ses bonnes vieilles habitudes : bonus, parachutes dorés, spéculation, etc. (lire notamment les articles dans l'Humanité du 29 août au sujet des "déclarations" de Nicolas Sarkozy par rapport aux bonus, et dans le Journal des Finances du 19 octobre sur des rumeurs chez... Goldman Sachs).

Inutile d'être un nostalgique du communisme pour remarquer que les adeptes du néolibéralisme font preuve, au mieux, de naïveté lorsqu'ils prétendent que le capitalisme que nous connaissons peut être rendu plus éthique. Naïveté, incompétence ou malhonnêteté? Pour certains de nos dirigeants, ce sont bien ces trois choses combinées, malheureusement (voir mon billet "Une bonne résolution pour 2010 : mettre le néolibéralisme à la poubelle!!!" à venir prochainement).

2009 conclue, pour l'instant, une série d'événements où l'on met, à nouveau, l'économie avant l'être humain. Car, même si Madoff a été condamné, combien de gens de la trempe d'Ospel s'en sortent sans aucune égratignure? Sans minimiser la culpabilité de Madoff, il me semble que le monde financier a été très content de faire de lui LE responsable, comme un bouc-émissaire, aussi nauséabond soit-il. Cela permet de passer pour crédible l'idée de "rendre le monde de la finance et l'économie mondiale plus vertueux", puisque les dérives observées ne sont le fait que d'une minorité de personnes... D'accord! Mais est-ce Madoff le responsable de la campagne américaine mensongère en Irak (motivée par des enjeux économiques liés au pétrole)? Est-ce que Madoff est aussi derrière les initiatives du monde politique suisse, plus locales, de réduire les indemnités des jeunes chômeurs, ou encore de faire payer plus de primes maladie aux gens en mauvaise santé (écoutez la réaction de Jean-Charles Rielle sur la RSR, et lisez l'excellent billet sur le blog Genevoiseries)? Est-ce encore ce même Madoff qui régit le duel hautement amoral que ce livre la France et la Suisse en matière de politique fiscale? Et... je ne savais pas que Madoff pilotait la politique de l'OPEP, était responsable des problèmes liés aux cultures intensives et OGM et était un vendeur d'armes et de mines antipersonnelles... Oui, on le voit, les maux liés de près ou de loin à l'économie ne sont pas imputables à une seule personne. Loin de là, n'en déplaise à certain! Mais il est tellement plus simple aux puissants de "réduire" et de "simplifier" les problèmes, trouver un bouc-émissaire, pour pouvoir continuer en toute discrétion leur petit business.

Soyons honnête! La crise qui, pour les économistes seulement, semblerait toucher à sa fin au crépuscule de 2009, n'est pas le simple fait d'un ou deux financiers fous. C'est bien une politique économique globale centré UNIQUEMENT sur le profit (OGM (voir d'ailleurs les résultats de l'étude des Université de Caen et de Rouen sur le blé OGM de Monsanto), monocultures, surexploitation halieutique, etc.) et sur sa quête effrénée (chômeurs, cas de burn-out, suicide au travail, etc.), ceci sur fond de déséquilibre des répartitions des richesses, qui sont, tout du moins en partie, responsables des troubles sociaux que nous vivons, que ce soit à Genève comme au fin fond de la forêt amazonienne. Prétendre que le capitalisme va être plus "vertueux" et "éthique", dès cette année, n'est que pure illusion dogmatique, les adeptes de ce capitalisme s'étant focalisé uniquement sur l'aspect financier, mais ayant oublié (ou occulté) les autres aspects de la crise. On apprend de ses erreurs ; les ignorer, c'est le reproduire. Il n'y a, chez nos dirigeants, aucune motivation à tenir compte de ces erreurs - la réunion de Copenhague en a été un triste exemple, ou les notions libérales l'ont emporté face aux exigences environnementales - ; dès lors, il faut s'attendre à ce que, en 2010 déjà, le dicton populaire "chasser le naturel, il revient au galop" prenne tout son sens. Au détriment des plus faibles d'entre nous. Comme d'habitude, le pire ennemi de l'Homme, c'est l'Homme lui-même...

L'environnement, parent pauvre de la politique internationale ; en Suisse aussi!

2009 restera, comme je l'ai dit dans un précédent billet, comme la consécration de l'immobilisme politique en terme environnemental. L'opinion publique, une nouvelle fois, semble précéder les préoccupations politiques du moment : Earth Hour a mobilisé les habitants de très nombreuses villes autours du monde. Cette mobilisation a, de plus, attiré l'attention sur une donnée encore mal comprise du grand public : la biodiversité. Avec Copenhague et, plus localement, les discours creux des politiques en terme d'environnement, les gens se rendent compte de plus en plus qu'il ne s'agit pas de rouler en voiture à gaz naturel ou à faire du vélo électrique pour agir concrètement en faveur de l'écologie. Le CO2 n'est qu'une part du problème ; la biodiversité doit être également préservée, ici (voir la motion déposée au Grand Conseil genevois par les Verts en décembre 2009). Les efforts énergétiques aussi doivent être bien plus favorisés, tout comme le commerce équitable.

Mais les lobbys industriels et les pouvoirs politiques ne donnent que trop rarement un écho positif à cette mobilisation sans cesse croissante. L'année 2009 n'a pas dérogé à la règle. "Au mieux" limitent-ils leurs discours (et leurs éventuelles actions) au CO2 ; au pire, ils dissimulent leur conservatisme et leur immobilisme par des annonces flamboyantes mais à côté de la plaque. En témoigne le trafic de viande de baleine effectué en toute impunité par la flotte de pêche japonaise, ceci en dépit du moratoire international sur la chasse à la baleine (trafic dénoncé par Greenpeace en mars 2009). En témoigne aussi le gouvernement français qui, dans le cadre du Grand emprunt, s'il investira 1 milliard d'euro pour les sciences du vivant, les limitera aux seuls biotechnologies - "recherche pour des variétés végétales innovantes" - au détriment de la recherche générale (traduction : investissement dans les études sur la biodiversité = 0). La simple rentabilité économique passe, encore une fois, avant les investissements à long terme et le développement du savoir humain. Et chez nous, nous avons l'échec de la loi sur l'Energie à Neuchâtel, échec dû aux diatribes verbales passéistes de politiciens à l'idéologie vieillissante mais aux liens d'intérêts certains et un volte-face lamentable d'un Conseil d'État incapable de faire son travail, mais aussi au fait que cette loi était vraiment progressiste : elle imposait, dans la mesure du possible et si cela était économiquement viable, l'installation de panneaux solaires, thermiques ou photovoltaïques sur tous les nouveaux bâtiments, l'interdiction des chauffages électriques fixes et la mise en place de mesures d'économie sur l'éclairage public (cette loi faisait office de test national). Et que dire des consultations populaires concernant l'arrêt de la centrale nucléaire de Mühleberg, joyeusement ignorées par les autorités fédérales : le peuple, clairement, avait pourtant demandé de ne pas autoriser une exploitation illimitée de cette ferraille énergétique défaillante... En matière d'idées idiotes concernant l'environnement, Genève et sa classe politique n'est pas en reste non plus ; dans ce domaine, Monsieur Weiss, député au Grand Conseil genevois, a fait fort en proposant, à grand renfort de pirouettes linguistiques, ce qui n'est ni plus ni moins que la réintroduction de la chasse à Genève, ceci alors que cette dernière est constitutionnellement interdite.

Il y a certes des exemples de part le monde où les autorités prennent conscience de l'importance de l'environnement, et pas seulement au niveau économique. Reste que ceux qui en ont le plus les moyens ne se bougent pas trop. Héritage, sans doute, d'une abondance qui flétrit la conscience. Une abondance qui donne l'illusion que la Terre est une source inépuisable de biens et de matières premières, donnant ainsi un crédit à l'idéologie néolibérale et rendant les gens et les pouvoirs publics... parfois irresponsables!

Biodiversité, l'enjeu écologique de 2010... et d'après.

Donc, considérant la léthargie intellectuelle de nos élites dirigeantes, il est important de prendre le débat écologique dans toute son ampleur. Il ne faut plus laisser ce débat se simplifier à quelques points pris, sans cesse, séparément : exemple de simplification du débat, la lutte contre les émissions de CO2 justifie à elle seule l'énergie nucléaire, alors que l'impact de l'extraction, du raffinement et du soi-disant recyclage sur l'environnement et sur les populations locales est systématiquement nié. Comme souvent, notre société globalisée simplifie le problème.

Mais le débat écologique ne se limite pas aux réductions, certes nécessaires, des taux d'émission de CO2 ; il doit obligatoirement comprendre "l'état de santé" de l'ensemble du vivant sur Terre. Amener dans les discussions publiques la notion de biodiversité, tout en l'expliquant, est dès lors indispensable, puisqu'il permet de parler à la fois de la nature ET de l'ensemble des populations humaines. Car, hormis peut-être les formes de vie habitant les sources hydrothermales des fonds abyssaux ou d'autres lieux aux conditions extrêmes et très isolés, aucun être vivant ne vie indépendamment du reste de l'environnement. La prospérité des grands prédateurs marins tels que l'orque dépend de la vigueur du plancton, même si ce dernier n'est pas ingéré directement par le grand cétacé (chaîne liant la succession de proies-prédateurs, appelée réseau trophique - voire figure 1) ; l'éradication de certains prédateurs ont permis la prolifération incontrôlée d'autres espèces, entrainant des problèmes pour l'environnement (grande pression sur les alvins de nombreuses espèces de poissons méditerranéens, lors de fortes proliférations de méduses, dues entre autre à la disparition du thon et de la tortue marine, grands amateurs de ces cnidaires, disparition causée notamment par la surpêche et la pollution) et pour les êtres humains (baisse des prises de pêche due à la forte prédation des alvins par les méduses en surnombre).


Figure 1. Illustration d'une chaîne trophique typique d'un écosystème de mangrove (source : FAO ; http://www.fao.org/forestry/mangrove/3648/fr/).

Ce lien entre les différentes espèces vivantes a été mis en lumière par de nombreux scientifiques depuis déjà longtemps. Certaines relations, notamment entre proie et prédateur directement, ont été relevées, comme la relation cyclique liant les population de lynx et de lièvres dans le nord du Canada (Mac Lulich 1937 ; Précis d'écologie, Roger Dajoz, éditions Dunod). Mais, la biodiversité est très complexe et certaines interactions peuvent entraîner des résultats inattendus. Si la disparition d'une espèce de plante peut n'avoir qu'un effet limité sur un même écosystème, la disparition de cette même plante dans un contexte écologique différent peut avoir de toutes autres conséquences. Comme évolution inattendue, citons le cas célèbre de l'étoile de mer Acanthaster, dont la population a explosé depuis 1966 et qui dévore le polype corallien : si l'existence d'un cycle naturel n'a pas été écartée, la disparition de ses prédateurs (comme le mollusque gastéropode Charonia tritonis, pêché pour son coquillage) ou encore la prolifération d'algues modifiant le réseau trophique local sont autant de théories vraisemblables avancées, démontrant par la même occasion les effets difficilement prévisibles et quantifiables d'une perturbation écologique sur telle ou telle espèce vivante.

Bien sûr, de difficiles recherches sur l'évolution des populations de thons ont permis d'établir des quotas relativement fiables pour éviter la sur-pêche. Mais d'autres études seront nécessaires pour comprendre à quel point la disparition de certaines espèces (ou l'introduction d'autres espèces) est problématique. De toute façon, du point de vue scientifique comme du point de vue moral, toute espèce éteinte directement ou indirectement sous l'effet de l'Homme est une perte inestimable. Et la difficulté de la tâche, proportionnelle à notre ignorance face à la variété du vivant et des écosystèmes de notre planète (entre 5 et 30 millions d'espèces estimées (incertitudes élevées), moins de 2 millions d'espèces décrites), sont autant de choses plaidant pour une prise en compte plus sérieuse et plus forte de la notion de biodiversité. Car il est bien là, l'enjeu central de la lutte écologique avec le réchauffement climatique et la crise énergétique. Pour 2010 et après...

Transformer l'économie libérale en économie du savoir, du respect et de la solidarité.

Le monde a besoin de changements sur le long terme. 2010, année de la biodiversité, symbolise bien cet impératif : lutter pour le long terme. Or, 2009 a confirmé que, notamment par rapport à la crise financière, le court terme reste la tendance principale, les erreurs du passé étant minimisées, voire ignorées, et le dogmatisme libérale restant inchangé. Cette rigidité dans les habitudes et les idées, normale jusqu'à un certain point mais dommageable tout de même, doivent nous inciter à nous pencher sur le projet de société que nous voulons faire pour l'avenir, en 2010 et au-delà.

La première chose est, et c'est important, de prendre le courage de s'affranchir des idées reçues que nous cultivons tous face à notre civilisation. Si des progrès incontestables ont été effectués depuis l'aube de l'humanité, il n'en demeure pas moins que nous ne sommes toujours pas parfaits (le serons-nous un jour). Ceci n'est pas une critique, mais un état de fait.

Notre société économique doit donc évoluer ; c'est l'ordre des choses. L'économie néolibérale a montré ses innombrables limites, surtout dans son incompatibilité avec les questions à long terme. Il est temps, en cette année "symbolique" du point de vue de la nature, d'oser remettre en question les dogmes qui, par ci, justifient une déforestation sans limite au profit de multinationales agro-alimentaires, par là, encouragent les sauvetages dispendieux du système financier en économisant sur le dos des plus faibles membres de nos communautés.

D'un côté, la biodiversité donne des indices pour la transformation de notre société de profit. Changeons-là en une société du savoir. Aujourd'hui, et les chercheurs ne le savent que trop bien, les études sont conditionnées par l'argent. Si, dans certains domaines, cela ne pose pas trop de problème, des champs entiers de l'investigation scientifique, comme celles liées à la biodiversité, doivent se contenter de miettes pour progresser. La recherche scientifique n'est parfois motivée que par les retombées économiques qu'elles peuvent entraîner, et c'est bien dommage. Changer de paradigme, et mettre, comme but prioritaire, non pas le profit économique, mais le profit de connaissance, serait un pas dans la bonne direction. En plus de mettre cette connaissance dans la main de tous, elle permettrait d'éclaircir de nombreux mystères de la science... comme la biodiversité.

Changeons la société néolibérale en une société du respect. La biodiversité nous apprend que chaque être sur Terre fait partie d'un ensemble d'interactions, biologiques comme physiques ou spatiales, et que la menace portée sur tout ou partie de cet ensemble peut avoir des conséquences fâcheuses. La déforestation détruit sans doute des ressources médicales qui pourraient nous aider à vaincre certaines maladies comme le cancer. De plus, le réchauffement climatique et les déséquilibres de richesse Nord-Sud stimule l'immigration, une immigration que la politique de l'autruche jouée par certains pays occidentaux ne pourra juguler. Biodiversité végétale, biodiversité animale, biodiversité humaine : tout est, à plus ou moins grande échelle, inter-connecté. Le respect de la Vie - respect des animaux et des plantes, respect des conditions de vie des travailleurs agricoles immigrés exploités dans le sud de l'Europe, respect des handicapés, des homosexuels, etc. - doit être une autre priorité d'une civilisation où le mot "biodiversité" est compris dans toute son ampleur.

Changeons nos politiques axés sur le profit immédiat, en y introduisant la notion de solidarité, avec ses proches comme avec les autres cultures. Les idéologues néolibéraux, peut-être qualifiés en sciences économiques mais complètement ignares en sciences naturelles, ont souvent pris la compétition dans le monde animal ou végétal comme une justification "naturelle" de leurs idées. La science a, depuis quelques temps déjà, balayé cette vision simpliste qui voyait un accroissement de la complexité du vivant au fil des âges ainsi qu'un accroissement de la perfection. La chose est bien plus complexe. La diversité des genres, notamment dans le monde des arthropodes, a été plus forte dans le passé qu'aujourd'hui. Concernant la compétition, rien ne prouve que "le plus fort" gagne le droit à la survie ; l'exemple de l'extinction des dinosaures et la survie des tortues, par exemple, le montre ; dans la nature, et contrairement à ce que laisseraient croire certains documentaires, la plupart des prédateurs échouent souvent dans la capture de leurs proies, peu importe la "puissance brute" de ces dernières. Par contre, l'aide mutuelle, directe ou indirecte, existe dans la nature, de la polinisation des plantes jusqu'à notre propre corps, fonctionnant en symbiose avec nombre d'organismes microscopiques (flore et faune intestinale, etc.). Un exemple de solidarité...

Bien sûr, il serait vain de chercher une justification idéologique dans la nature. Le but n'est pas là, et je ne répéterai dès lors pas les erreurs des idéologies marxistes ou libérales. Mais je voulais juste souligner que la prise en compte de la notion de biodiversité, dans son ensemble, pouvait aider à la mise en place d'une nouvelle société, plus axé sur le respect de la vie et la soif de connaissance que sur l'appât du gain.

Parce que nous faisons parti, nous tous, de la biodiversité de notre planète!

Car, contrairement à ce que dit le dicton, ce n'est pas l'argent qui fait tourner le monde. La Terre tourne grace à des phénomènes régis par la physique. De même, la vie sur Terre survivra à l'Homme, si celui-ci venait à disparaître ; il y aura toujours des micro-organismes vivant dans les lacs acides volcaniques ou les sources hydrothermales des fonds océaniques ; certains insectes comme les cafards risquent fort de prospérer sur les éventuelles cendres d'une civilisation humaine autrefois inconsciente. En revanche, nous souffrons déjà maintenant de la crise alimentaire, de la déforestation et des effets de la sur-pêche.

Au final, nous sommes une espèce vivante dans notre maison qu'est la Terre, maison que nous partageons avec des millions d'autres formes de vie ; l'Homme n'est pas capable de maintenir l'atmosphère, de se nourrir soi-même (car ce n'est pas une plante) ou encore de se soigner sans recourir à la Nature. Ne l'oublions pas : quelque soit notre degré d'évolution technologique, nous dépendrons toujours de la Nature.

Je poursuivrai donc, durant cette année 2010, ma série sur la biodiversité. Aujourd'hui plus que jamais, il est nécessaire de transmettre toute information relative à ce sujet, pour que celui-ci ne reste pas nébuleux pour le grand public.

Bonne année à tous, membres de notre biodiversité.


PS : pour plus d'information sur la biodiversité, Pro Natura Suisse a lancé une campagne nationale sur le sujet ; retrouvez celle-ci sur http://www.pronatura.ch/

vendredi 25 décembre 2009

Noël ici, souffrance et misère là-bas.

Aaah, les fêtes de fin d'année...

Chères lectrices, chers lecteurs,

Permettez moi de vous souhaiter un très joyeux Noël et une bonne nouvelle année.

Je déteste l'hiver et le froid (sang méditerranéen sans doute), mais je dois dire que les fêtes de fin d'année mettent une touche de couleurs bien venue dans un monde gris et sombre, tant au propre qu'au figuré. Les rues se parent de mille feux (bien que, en bon écolo et en tant qu'ingénieur de formation, j'aurais quelques remarques à faire sur certains choix énergétique... je sais, je suis un vilain grincheux). Les enfants sont de plus en plus excités à l'approche de la date fatidique, et on ne peut rester insensible en lisant la magie qui brille encore dans leurs yeux.

Seulement, cette période me donne, année après année, un goût de plus en plus amer en bouche. S'il n'y a absolument rien de répréhensible à vouloir "se faire plaisir", je ne comprends pas pourquoi cette pulsion innocente doit apparemment se faire au détriment de certaines facultés cérébrales, notamment celles qui font qu'un être humain puisse être doué à la fois d'une responsabilité individuelle et de compassion envers les autres. Rien à voir avec de quelconques préceptes religieux (que je respecte au demeurant) ou autres litanies politiciennes : ces deux caractéristiques humaines n'ont peut-être l'air de rien, mais ce sont pourtant deux points qui nous différencient, du point de vue comportemental, du reste du monde animal (ou presque...). L'être humain des contrées aisées deviendrait-il plus "animal" en période de Noël? Une provocation, certes. Mais c'est plus que cela!

Un point de vue personnel : la souffrance animale

Balise : début "partie écolo pénible"

Noël : ce mot rime peut-être avec réunion de famille, mais celui de consommation semble le plus correct par chez nous. On consomme, on se doit de consommer! Cela entraine bien sûr une débauche d'énergie, de déplacements et de déchets (vous savez, tous ces emballages énormes que les grandes surfaces nous servent pour contenir des objets généralement beaucoup plus petits...). Je pourrai écrire des lignes à ce sujet, mais un reportage "très journalistique" du "très sérieux" journal de TF1 a retenu mon attention sur un seul point : celui de la nourriture typique des fêtes.

Aujourd'hui, j'ai eu le plaisir d'être invité à un repas de famille. Ma belle-sœur a, comme à son habitude, mis les petits plats dans les grands et préparé un succulent repas qui, de part la présentation et le goûts des différents mets, ferait passer certains menus gastronomiques de la place genevoise pour une carte de cantine militaire des années trente (sans rire). Pour plusieurs raisons, en famille, je garde mes principes d'écologiste pénible pour moi (et l'emploi du mot "pénible" n'est pas ironique, ma femme me le rappelle quelquefois quand mes propos sont d'un vert... trop direct) ; d'une manière plus générale, par respect pour mes hôtes, je ne m'amuse jamais à remettre en cause quoi que ce soit sur le choix des plats, ni à les contraindre par rapport à mes "goûts". Mais j'admets que, lorsque j'ai vu le foie gras sur mon assiette, j'étais un peu mal à l'aise.

Je suis, depuis quelques temps, "semi-végétarien", plus par principe que par goût (j'adore la charcuterie...). Pourquoi "semi"? Je mange de la viande (très rarement, et surtout lorsque je suis invité) et je ne rechigne pas sur du poisson, de temps à autre. Étant littéralement un gouffre d'ignorance en terme de diététique, et étant plutôt sportif, je reste prudent devant une diète purement végétarienne, mais je tends lentement vers une alimentation sans viande, par raison écologique (emprunte environnementale de la filière carnée) mais surtout de part une éthique purement personnelle, liée à la souffrance animale : j'ai pêché deux fois dans mon enfance, et à chaque fois cela ne m'a absolument pas plu ; lors de ma scolarité, passionné de biologie, j'avais rejeté cette voie simplement à cause des euthanasies que les étudiants pouvaient être amenés à faire (et je me suis tourné vers la technique) ; les images d'animaux torturés de part le monde et traités comme de vulgaires objets me restent en tête et ne veulent plus en sortir. Je suis, sans exagérer, incapable de faire du mal à une mouche. Une sensibilité toute émotionnelle, je vous l'accorde. Une sensibilité déplacée, dans un monde qui exige trop souvent une froideur de raisonnement, peut-être. Mais une sensibilité qui ne me fait pas oublier qu'une partie de mes repas est constitué sur la base de souffrance animale (et humaine aussi...).

Le fois gras fait parti de ses innombrables ingrédients carnés qui forment la plupart des mets habituellement servis à Noël. Il est cependant une illustration assez frappante de cette "animalisation" que subit l'Homo sapiens lorsqu'il s'agit de "se faire plaisir", lui qui pourtant, en bon humain moderne, est très souvent révulsé à la simple vue du sang : il assouvie ses besoins primaires - manger - sans se soucier le moins du monde de ses proies, ce qui correspond bien au mécanisme comportemental de n'importe quel prédateur.

Voici une vidéo d'une quinzaine de minutes qui illustre mon malêtre face au foie gras et à la viande en général (attention, âmes sensibles s'abstenir) :



En ces temps de crise alimentaire mondial, les étalages des magasins nous proposent sans vergogne foie gras à "toutes les sauces", dindes et autres filets de saumon. Les soucis de certains vont à l'approvisionnement de leurs stocks, les soucis des autres vont à savoir s'ils trouveront ou non leur sous-produit animal préféré. Mais en cette période de frénésie consumériste liée à Noël, nous avons tendance à faire passer ses soucis devant d'autres points, que ce soit les souffrances inutiles infligées aux animaux d'abattoir dans le cas du foie gras ou de la surexploitation des ressources halieutiques dans le cas du saumon. Le propos n'est pas ici de blâmer qui que se soit (qui suis-je pour le faire) ni de prôner le végétarisme (je n'en ai pas les compétences de toute façon, ma démarche étant motivée par des principes personnels), mais uniquement de souligner l'ambiguïté de la situation : l'ambiance de fête et l'envie légitime de "se faire plaisir" occultent, du point de vue des animaux, des traitements intolérables et, du point de vue des ressources, des productions peu durables : un exemple sur ce dernier point, les saumons vendus à 50% dans les magasins d'une grande chaîne commerciale suisse n'étaient pas étiquetés MSC (certification de pêche durable).

Balise : fin "partie écolo pénible"

Pendant que ma fille souriait devant ses cadeaux...

Autre point qui me fait penser que nous tous, moi y compris, devenons de plus en plus "animal" en période de fêtes : le comportement de clan ; seul nos proches comptes. Si heureusement, cela n'est en aucun cas mauvais de se préoccuper de ses proches, en oublier notre situation privilégiée par rapport à d'autre est, par contre, regrettable. Ce "comportement" peut être mis en parallèle avec l'égoïsme, cet instinct que nous possédons tous, héritage de nos ancêtres qui, pour survivre, devaient garder jalousement leurs biens, nourriture ou territoire contre toute attaque de concurrents ou prédateurs potentiels, ceci au bénéfice de leur propre être ou de leur famille. Le partage n'est, de prime abord et de façon générale, pas un caractère souvent présent chez les animaux ; on cueille, chasse ou pêche pour soi, au mieux pour sa famille proche, parfois pour sa harde, son groupe ou sa tribu et, si partage il y a, c'est souvent de manière hiérarchique (les lions par exemple).

Le 24 au soir, ma fille a reçu ses cadeaux (une visite surprise du Père Noël qui, parce que nous n'avons pas de cheminée, a déposé ses présents devant la porte et est parti en sonnant à la porte... sacré Père Noël). C'était un vrai bonheur de la voir sourire devant sa nouvelle poupée ou de son nouveau pyjama à l'effigie d'une célèbre princesse de Walt Disney.

Ce soir, ma femme regardait un film sur une histoire vraie relatant une aventure douloureuse d'une mère et de sa fille. Indirectement, cela m'a rappelé une triste évidence, écrasante et, il faut bien l'admettre, assez décourageante : que le bonheur qui se lisait sur le visage de ma petite fille de quatre ans n'était pas partagé par de trop nombreux enfants sur cette terre. Au-delà de la fête de Noël, célébrée par une relative minorité de personnes, c'est bien du bonheur de vivre son enfance que je parle. Les enfants hospitalisés, qui passent les fêtes sur un lit, parfois sans contact avec leurs parents, parfois en vivant leur dernier Noël... Les enfants de parents en difficultés, tant personnelles que professionnelles... Les enfants de pays en guerre, où leurs terrains de jeu ne sont que champs de mines... Les enfants des rues, de communautés sans cesse rejetées, contraints de mendier, de voler ou de se prostituer pour vivre... Les enfants du monde, victimes de pollutions, de famines ou des aléas du climat...

La vidéo ci-dessous (extrait du film "Les enfants des rues d'Afghanistan", un reportage de TAC Presse diffusé dans l'émission Arte Reportage (Arte)), illustrant les conditions des enfants des rues en Afghanistan, m'a bien rappelé que, sous le voile de féérie qui caractérise la vie pour moi en cette fin d'année, se cache une réalité quotidienne et terriblement actuelle que subissent bon nombre d'enfants.



Et bien oui, pendant que ma fille ouvrait ses cadeaux, pendant que je contemplais son visage heureux, combien de millions d'enfants, ici comme ailleurs, vivaient des moments douloureux et difficiles? Mais surtout, dans mes "préoccupations de clan", autrement dit mon attention particulière pour mes proches, comment cette triste réalité avait pu m'échapper? J'étais, à l'instar de mes ancêtres, accaparé par le bien de mes proches ; les éventuelles souffrances de mes congénères, potentiels concurrents, ne m'étaient d'aucune importance! Si, comme tout le monde, je me battrai sans cesse pour que ma famille ne manque de rien, je me demande où est passé, ce Noël, ma part d'humanité qui fait ne pas oublier le privilège que j'ai de pouvoir faire sourire ma petite fille, privilège au combien distribué de façon inéquitable à travers la planète.

Si les enfants du monde n'ont pas forcément besoin d'un "cadeau" au sens où nous l'entendons en Occident, ils doivent pouvoir vivre leur enfance, bon sang!!! Foutu comportement égoïste, qui me fait oublier trop facilement que ce vœux n'en est encore qu'au stade du simple vœux pieux...

La générosité... jusqu'à un certain point.

Avec les fêtes de Noël viennent naturellement les appels à la charité. Diverses associations font des campagnes de dons, et rencontrent, c'est heureux, souvent un grand succès. Noël a aussi, par le passé, été le lieu de récoltes de fonds incroyables. Rappelez-vous, le tsunami qui a dévasté notamment l'Indonésie, la Thaïlande, l'Inde et le Sri-Lanka le 26 décembre 2004, faisant plus de 200'000 morts. Plusieurs centaines de millions d'euros ont été récoltés, dans un élan de solidarité. Un autre événements tragique, le tremblement de terre du Sichuan, en Chine, qui fit près de 88'000 victimes et plus de 300'000 blessés en mai 2008, s'il récolta près de 7 milliards d'euro d'aide humanitaire, rencontra un échos sensiblement différent auprès du public, comme si celui-ci se sentait moins concerné par le sort des victimes chinoises. Moi-même j'avais fait un don en 2004 pour les victimes du tsunami, mais je n'ai rien versé dans le cas du séisme du Sichuan. Peut-être que, sous le coup de l'impact médiatique, j'avais été plus touché par le sort des victimes du tsunami? Peut-être que, dans ce cas, le fait que les Européens puissent être frappés par une telle catastrophe sur des lieux de vacances bien connus m'ait secoué plus que de savoir que des écoles chinoises mal construites se soient effondrées et aient tué près de 10'000 écoliers chinois le 12 mai 2008? Allez savoir? Sans remettre en doute ma bonne volonté ni celle des millions de donateurs à travers le monde, peut-être que cela n'est qu'une autre manifestation de notre propension à n'aider que ceux qui nous sont le plus proche... même à Noël.

Cette générosité à "géométrie variable" s'illustre de bien des manières, souvent plus claires que pour le cas des dons du tsunami de Noël 2004. Le cas des mendiants Roms à Genève et dans le canton de Vaud en est un exemple. Afin, peut-être, de déculpabiliser les gens, on a réduit les Roms à des délinquants, des escrocs, à une bande mafieuse exploiteurs d'enfants, étiquettes joyeusement étendues à tous les SDF trainant dans les rues de Genève ou de Lausanne. "Ne donnez pas de sous à ces gens" nous claironnaient nos chers esprits libéraux au pouvoir. Grâce à une vision politique à l'humanisme aussi flamboyant qu'une nuit sans lune, nos instances gouvernementales en sont même arrivées à "amender la misère", les policiers étant tenus de récupérer les quelques pièces que les mendiants possédaient. Misérable!

Cette manifestation de l'égoïsme primitif s'exprime ici envers ceux qui sont "différents", par leur langue, leur apparence ou leur mode de vie. Et, parce qu'ils expriment une misère de manière presque impudique, on crée des lois pitoyables et on raconte des histoires inexactes afin de discréditer une communauté et décourager les gens qui, par générosité, se battant peut-être contre leurs instincts primitifs, ose parfois donner un ou deux sous vers une main tendue.

L'émission "On en parle" sur la 1ère de la Radio Suisse Romande a parlé, en marge des fêtes de Noël, de cette mendicité (télécharger la chronique ici). Le journaliste interroge Yves Leresche, photographe-reporter, sur les conditions des Roms. Il casse les idées reçues sur les Roms, bien entretenues par certains parlementaires médiatiques pour justifier leur politique répressive, notamment le fait qu'il n'existe pas de réseau mafieux en Suisse. Les Roms fuient des conditions de vie très rudes (l'association Mesemrom résume bien la situation sur son site) ; j'avais entendu un reportage radiophonique où une journaliste en visite en Roumanie décrivait le seul point d'eau d'un camp Rom : une sortie d'égout. Comme toute population, il y a des gens bons et d'autres mauvais. Un jour, en sortant de l'École d'Ingénieurs de Genève, j'ai voulu donner un peu d'argent à une vieille femme ; résultat : mon porte-monnaie a été délesté de 20 francs et une colère mal contrôlée est venue alourdir ma démarche ; je n'ai pourtant pas posé l'étiquette de voleurs sur tous les mendiants!

Quelques exemples de notre égoïsme, avec une générosité conditionnée à nos rapports avec la ou les personnes dans le besoin : nous "ressemblent"-ils, sentent-ils mauvais, habitent-ils dans des lieux paradisiaques? Et Noël ne déroge qu'à peine à la règle. C'est bien la pire des périodes pour tous ces SDF d'origines différentes. Car en hivers, il fait froid. C'est sûr, cela, nos riches parlementaires légalistes ne le savent pas!

Les plus faibles d'entre nous trop souvent oubliés.

Parmi ces SDF de tout genre figurent des jeunes, des moins jeunes, des personnes âgées, tout un florilège de gens jetées sur les bords des rues par les aléas de la vie. Et trop de ces personnes passeront les fêtes seules, oubliées. Un sort que partagent nombres d'ainés, en établissements médico-sociaux comme à leur domicile. La canicule de 2003 a rappelé au monde la dramatique solitude des personnes âgées, mais celle-ci doit être bien triste à vivre en période de Noël.

Je vous mets en lien le clip de la campagne de Noël 2009 de l'Armée du Salut Suisse concernant toutes ses personnes qui passeront le réveillon "de leur côté" ; il est assez émouvant, simple mais bien fait!

Ne plus oublier...

Que vaut ce long examen de conscience que je vous ai fait subir? Pas grand chose! Ce n'est qu'un murmure dans toute cette effervescence festive, joyeuse mais, ce qui peut paraître paradoxal dans une période où l'on fait des cadeaux, assez égoïste! Mon seul souhait, c'est qu'en parlant de cette souffrance et de cette misère, on ne puisse plus les oublier, surtout en période de fêtes. Moi le premier! Et le fait de garder à l'esprit cette réalité, faute de remédier aux maux du monde, apportera peut-être une certaine modération, dans la consommation mais aussi dans les actions de la vie quotidienne, dans les propos que nous tous sommes tentés de porter sur telle ou telle personne, sur les certitudes que nous portons sur "l'ordre des choses".

Le Noël des enfants, le seul qui ait un sens!

Comment conclure! D'abord, ce parallèle entre le comportement humain en période de fêtes de fin d'année et celui de "l'animal" est bien sûr une caricature. Mais pas dans le sens que l'on pense. Si la responsabilité individuelle est un concept difficilement transposable dans le règne animal, certains "animaux", à l'instar des chimpanzés ou des dauphins, montrent un comportement social très complexe où le souci des plus faibles fait parti inhérente de leur vie. L'anthropocentrisme ne va pas que dans un sens, les observations scientifiques ne permettant ni de confirmer ni d'infirmer que certains animaux soient doués de sentiments, tel que la compassion, ou de toute autre forme de sensibilité allant même plus loin que le spectre émotionnel propre à l'espèce humaine. Une chose semble malheureusement sûr : nous, êtres humains vivant dans des pays prospères et riches, manquons, parfois, d'humanité. Cela n'en est que plus marquant en ces temps de fêtes.

Le but de ce commentaire n'est, j'insiste, aucunement de culpabiliser la lectrice ou le lecteur ; le seul qui culpabilise, c'est plutôt son auteur, moi, qui, au fil des lignes, remarque la modestie de son action et tout ce qu'il n'a pas encore fait pour essayer de changer, un temps soit peu, l'état des faits qu'il relate ci-dessus. Je pense juste que la prise de conscience, pas facilité par le flot de stimulations diverses (publicité, médias, politique, etc.) ni par la période, est la base de tout changement ; il est toujours plus facile d'ignorer la souffrance de gens (et d'animaux) qu'on ne connaît pas.

Mais... c'est Noël (ou plutôt, c'était hier, à l'heure où j'écris ses lignes...). J'aimerais terminer par une note plus joyeuse. Ce ne sont, au fond, pas tous ses éclairages pompeux qui font que ces fêtes de Noël sont, pour vous et moi, aussi belles. Non, ce sont bien les lueurs brillant dans les yeux des petits enfants de part le monde attendant le Père Noël qui illuminent cette période ; certains attendent la dernière poupée parlante, d'autres simplement des jours meilleurs. Mais leur innocence et la magie qu'ils portent sincèrement dans leur cœur sont bien plus éclatantes que toutes les enseignes lumineuses commerciales du monde entier. Une innocence qui me pousse à espérer que ma fille puisse croire encore longtemps au Père Noël...

... et que, le plus tôt possible, cette magie et ce rêve puissent être partagés par TOUS les enfants de ce bas monde.

Bon, il est quatre heures du matin, le rêveur utopiste va se coucher!

Bien à vous!

Sandro

Le lobby nucléaire suisse échoue à vendre ses chimères au peuple, mais pas à son gouvernement...

Hello,

En attendant que je ponde mon article (bien senti) sur l'énergie nucléaire en Suisse (dans quelques jours), je vous propose le très bon commentaire paru le lundi 21 décembre dernier sur le blog de Genevoiseries. Il y est question de la bien malheureuse et très regrettable décision du DETEC concernant l'octroie d'une autorisation illimitée d'exploitation de la centrale de Mühleberg. Une "belle" illustration du fameux proverbe populaire, qui sied parfaitement, malheureusement, à la manière dont les politiques traitent le nucléaire, en Suisse comme dans d'autres pays nucléarisés : on nous prend vraiment pour des c...

Centrale nucléaire de Mühleberg : Oui à l'exploitation illimitée!

En Suisse, le nucléaire reste encore très impopulaire auprès de la population. Mais à défaut de convaincre cette dernière, le lobby nucléaire a visiblement réussit à convaincre une bonne partie de notre gouvernement. Et pas qu'à droite. En effet, notre cher ministre de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication (DETEC), j'ai nommé Monsieur Moritz Leuenberger, vient d'octroyer une autorisation d'exploitation illimitée à la centrale nucléaire de Mühleberg. [...]


Bien à vous!

Sandro

vendredi 18 décembre 2009

Copenhague, un rendez-vous pour rien!

Curieux-ses du Net, bien le bonjour d'un écologiste loin d'être découragé.

Deux semaines, c'est ce qu'il a fallu aux délégués internationaux pour... ne rien faire en faveur de l'environnement. Deux semaines, marquées par l'inexistence de dialogue entre la population - inquiète à juste titre par rapport à l'avenir de la planète - et les représentants internationaux - préoccupés par leurs seuls intérêts et en la rédaction de phrases "bateau". Deux semaines où l'on aura surtout vu la désorganisation des organisateurs et la répression de membres d'ONG voulant réveiller cette assemblée quelque peu... léthargique. Deux semaines sensées réduire les émissions de CO2, mais où les principaux protagonistes se seront surtout déplacés en grosses limousines et jets privés.

A l'heure où j'écris ces lignes, le sommet n'est pas tout à fait terminé, mais il est clair que plus rien n'est à attendre des négociations de Copenhague. Seule une déclaration politique, pompeuse mais vide de sens et d'intérêt, sera vraisemblablement présentée à la face du monde, un monde qui, pourtant, attendait bien mieux que cela (mais, y croyait-il vraiment?). L'éditorial de Benito Perez du Courrier, résume bien la situation :

Titanic à Copenhague

Paru le Vendredi 18 Décembre 2009

International Rarement l'image du Titanic, avancée cette semaine à Copenhague par le délégué de Tuvalu, n'aura été aussi appropriée. Alors que le monde file droit sur un iceberg détaché des pôles, l'orchestre des grandes puissances continue à jouer tranquillement la même rengaine. Qu'un accord de façade soit signé ou pas dans les prochaines heures ne changera rien au fond du problème: le Sommet onusien sur le climat n'aura pas été – et de très loin! – à la hauteur du défi posé à l'humanité par la dégradation accélérée de son environnement. [...]

Bien sûr, ce sommet restera dans l'histoire. Jamais autant de nations et d'intervenants ne se seront penchés sur la cause du climat. On peut dire que l'échec, devant l'ampleur de la tâche, était presque assuré.

Mais il restera aussi dans les mémoires - celles non embrumées par le dogmatisme tout du moins - pour une autre raison : le Sommet de Copenhague aura montré, s'il en était encore nécessaire, que l'écologie et le social doivent, une nouvelle fois, s'incliner devant l'économie. Et le manque de courage de certaines nations est tout simplement intolérable. Chacun, à l'instar de l'Europe, conditionne son action au bon vouloir des autres (autrement dit, on se protège de l'échec, en rejetant les responsabilités du dit échec aux autres pays, tout en ménageant les lobbys économiques qui, n'en déplaise aux sceptiques, sont incomparablement plus puissants que tous les mouvements altermondialistes réunis). On se croirait dans une cour de récréation : "c'est pas moi qui a commencé, c'est lui!" Or, ne dit-on pas aux enfants, dans ce cas, que pour résoudre une dispute sans recourir à la violence, on doit faire preuve d'intelligence? A voir les imbécilités irresponsables qui transparaissent du Sommet de Copenhague, je crois bien que certains enfants de primaire manifestent de temps en temps bien plus d'intelligence et de sagesse que les milliers d'"adultes" invités par l'ONU.

Comme cause de l'échec du sommet pour le climat, certains observateurs, comme le journaliste-écrivain Claude-Marie Vadrot, soulignent l'absence de dialogue entre les délégués, politiques et la société civile et les ONG. Ce manque de dialogue illustre parfaitement le décalage qu'il existe entre la population et les élites au pouvoir ; il marque aussi un déficit démocratique, fort regrettable vu l'ampleur du problème écologique.

Mais plus personne ne peut contester le rôle des lobbys dans cet échec. Les sceptiques médiatiques de tout poil ne pourront plus, dès lors, parler de "complot international et politique anti-CO2" en contestant le réchauffement climatique et son origine humaine ; en effet, c'est bien une assemblée onusienne qui vient de torpiller les efforts pour réduire drastiquement les émissions de CO2. Une assemblée à la solde des lobbys, sponsors de certains sceptiques climatiques (lire à ce titre l'article très intéressant paru dans le Courrier International du 20 septembre 2007 : Comment travaille le lobby des sceptiques, Sharon Begley) : de ce qui semble sortir du Sommet, il n'y a rien qui fait mention de la sortie du pétrole. Ah tiens! Tout ce beau monde parle de lutter contre le réchauffement climatique, sans pour autant se défaire de la "sacro-sainte" dépendance aux hydrocarbures?

En terme de lobby, l'OPEP n'est pas le seul. De nombreuses nations de part leur monde ont leur propre lobbys conservateurs : les USA de Barack Obama, où le scepticisme climatique, exacerbé par les associations industrielles (Fédération américaine des chambres de commerce) et créationnistes, est très fort ; la France nucléaire de Sarkozy, où la demande d'EDF d'introduire une taxe pour palier le manque à gagner entrainé par les dispositifs d'économies d'énergies (système de délestage) trouve gain de cause, etc. Bref! L'écologisme ne sert qu'à embellir les discours ; quand on passe au concret, les "vieilles habitudes" en terme d'allégeances économiques reviennent...

Enfin, les résistances occidentales, surtout vis-à-vis de la Chine, sont d'une hypocrisie incroyable. Bien sûr, l'Empire du Milieu, en bonne dictature, ne brille pas par sa transparence. Et les dégats écologiques, créés en partie par la procédure de néolibéralisation en cours de l'économie chinoise, sont bien réels. Mais, qui consomme les produits Made in China? Mmmh?... En compétition avec l'Allemagne pour la place de numéro 1 mondial en terme d'exportation, la Chine a été, pendant longtemps, une terre d'accueil pour les sociétés occidentales en pleine délocalisation ; en 2006, les produits estampillés Made in China sont exportés pour près de 21% aux États-Unis (alors que ces derniers contribuaient, la même année, pour 7,48% des importations de la Chine ; total des exportations chinoises 2006 : 752,2 milliards de dollars US ; total des importations chinoises 2006 : 631.8 milliards de dollars US - Sources : CIA World Fact, version du 16 mai 2008). Il est donc choquant que les Américains bloquent les négociations face aux résistances du gouvernement chinois, alors qu'en même temps, ils contribuent à la pollution en Chine par la fabrication des innombrables produits qu'ils consomment!

On le voit, devant tout ça, rien d'étonnant à ce que le Sommet de Copenhague se termine par un échec. Échec d'autant plus cinglant qu'un sentiment de lassitude risque de s'instaurer auprès de la population : "ah quoi bon se mobiliser, les puissants n'en ont que faire".

C'est pourquoi, à la suite des actions comme Earth Hour, 350.org et d'autres, nous tous devons, malgré tout, maintenir la pression et la mobilisation. Car, comme j'ai eu l'occasion de le dire, la sauvegarde de la planète ne se limite pas au climat. La biodiversité et les ressources comme l'eau sont des points très importants sur lesquels notre attention devra se porter de toute urgence. Et en ce qui concerne le climat, le réchauffement climatique n'est pas le seul objet de débat ; les problèmes énergétiques et la dépendance au pétrole doivent occuper également une place centrale dans les discussions. A force d'exercer une pression quotidienne, les mentalités ont commencé à changer. Il faut donc poursuivre l'effort.

Car la révolution écologique qui a contribué à l'établissement du Sommet de Copenhague est, fondamentalement, partie "du bas". Ce ne sont pas les gouvernements où les élites médiatiques qui ont tiré les premiers la sonnette d'alarme. Mais ce sont les scientifiques (comme Rachel Carson dans le cas des pesticides à la fin des années 50), des populations et des collectivités locales (de Bolivie au fin fond des forêts indonésiennes), les altermondialistes et les diverses ONG qui, durant plusieurs décennies, n'ont cessé de dire que notre société, si elle continuait à exploiter et à maltraiter l'environnement, courrait à sa perte!

Je vous donne donc rendez-vous non pas (forcément) à Bonn ou à Mexico-City, mais au prochain Earth-Hour l'année prochaine. Car, aujourd'hui plus que jamais, c'est bien à nous, peuples du monde entier, d'agir!

Bien à vous.

Sandro

lundi 14 décembre 2009

Le tram à Meyrin : il est là, enfin!

Après une série de remous instillés par une mauvaise foi politique d'un autre temps et de pressions de certains milieux économiques peu enclin aux changements, le tram est enfin arrivé à Meyrin, visiblement au bonheur de ses habitants. Voici des images de l'inauguration prises sur le site de la TSR.

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&bcid=722260#bcid=722260;vid=11598963

Genève avance à petits pas dans sa difficile métamorphose, pour sortir du "tout voiture" si cher à certains ; pour les connaisseurs, relevons que M. Schweizer, l'un des intervenants dans ce reportage, fait précisément parti de ces gens qui, parce qu'ils n'ont pas compris qu'un tram n'est pas un bus (oui, oui) et que, de ce fait, il ne peut pas zigzaguer et s'arrêter devant les allées des immeubles, prétextent que le tracé n'est pas bon (pour couvrir leur désintérêt pour la mobilité alternative, la vraie raison de leur critique). Ah, la politique : trop souvent en retard, et pas que d'un train...

Après l'acceptation du crédit supplémentaire pour le CEVA, cette ligne de tram, reliant la commune péri-urbaine et frontalière de plus de 20'000 habitants qu'est Meyrin au centre-ville de Genève, est la preuve que le contexte "tout-voiture" propre au Canton évolue petit à petit. Reste à terminer les travaux des futurs lignes supplémentaires (TCOB), faire des parkings d'échange aux frontières correctement déservis par les transports publics, à sponsoriser la troisième voie CFF Genève-Lausanne (entre autres) mais aussi d'investir dans le réseau de contournement de Genève (l'architecture du réseau actuel est "en étoile", centrée sur Genève, ce qui n'est pas sans défaut, notamment en ce qui concerne les communes périphériques). Bref, entre résistance dogmatique, mauvaise fois politique et ampleur de la tâche, il reste du pain sur la planche en terme de transport public à Genève. Les choses évoluent, heureusement...

Sandro